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L'Eglise Saint-Pierre de Longpré (St-Amand-Longpré)

L'EDIFICE

La commune de Longpré fut rattachée en 1965 à celle de Saint-Amand-de-Vendôme, siège du chef-lieu de canton. La nouvelle entité prit alors le nom de Saint-Arnand-Longpré. L'église paroissiale SaintPierre de Longpré était autrefois un prieuré-cure dépendant de l'abbaye de chanoines réguliers de Sainte-Croix d'Angles (actuellement Angles-sur-l'Anglin, Vienne, canton de Saint-Savin-sur-Gartempe). C'est un édifice isolé dans la campagne, construit à flanc de colline. Il se compose d'une nef romane et d'un choeur à chevet plat, plus étroit que la nef. Un porche maçonné, construit au début du siècle dernier, précède la porte occidentale de la nef, qui a conservé ses anciennes baies romanes, étroites et largement ébrasées à l'intérieur. Une flèche charpentée est implantée à l'est de la nef. A l'intérieur, la nef est simplement couverte d'un plafond en bois, tandis que le choeur possède une voûte lambrissée de la fin du Moyen Age.

LES PEINTURES
à gauche Martyre de Saint Etienne (1)
Des peintures murales de diverses époques ont été dégagées un peu partout dans l'église. L'abbé Cordier, curé de la paroisse, les découvrit en 1923 et les mit progressivement au jour. Les peintures les plus anciennes datent du début du XIIIème siècle, elles se trouvent au-dessus de l'autel latéral nord de la nef et ont trait au martyre de saint Étienne (pl. XXV). Le reste du décor peint occupe une surface beaucoup plus importante, puisqu'on l'observe dans tout l'édifice, mais il remonte seulement à la fin du Moyen Age (XVe et XVIe siècles) et représente des saints dont le culte populaire était alors très important (saint Martin, saint Sébastien, sainte Barbe ... ).
Le retable qui masquait la partie inférieure des peintures de la vie de saint Étienne a été démonté après 1950, probablement à l'occasion des travaux entrepris par Suzanne Trocmé dans cette église en 1958 (relevés et sans doute poursuite de la mise au jour).

St Martin à cheval, partageant son manteau (2)
Les peintures sont classées Monuments historiques au titre des objets mobiliers depuis 1947, mais l'édifice ne bénéficie pas d'une protection globale. A l'exception de l'ensemble du XIIIe siècle, restauré en 1989, les autres peintures mises au jour il y a plus de soixante-dix ans sont restées dans l'état de leur découverte et n'ont pas été refixées.
Brice Moulinier réalisa à l'automne 1989 une campagne de restauration pour les Monuments historiques.
Elle permit la consolidation des enduits, l'achèvement du dégagement, l'application d'un traitement chimique (algicide) contre les micro-organismes qui proliféraient du fait de l'humidité, l'élimination des sels minéraux qui avaient migré en surface, la réalisation d'un enduit de lacune stable, le refixage et la réintégration des lacunes a tratteggio.

(1) - Les différentes scènes occupent trois registres superposés. Les bordures à l'ocre rouge et à l'ocre jaune sont
soulignées de pastilles blanches.
(A) - Au registre inférieur, saint Etienne comparaît devant le Sanhédrin et tente de les convaincre.
(B) - Au registre moyen est représentée la Lapidation. Saint Etienne est vêtu d'une robe à décor losangé et tend les mains dans un geste de prière. L'intensité de la scène est rendue par la manière dont les nombreux personnages gesticulent et lancent des pierres en direction de la tête du martyr. Les visages des bourreaux sont vigoureusement dessinés et relevés de touches d'ocre rouge.
(C) - Dans la partie supérieure figure la vision que saint Etienne aurait eu pendant son martyre. Au centre, le Christ bénissant s'inscrit dans une demi-gloire. De part et d'autre, les anges thuriféraires, tenant la navette d'une main, balancent l'encensoir de l'autre. Cette scène est entourée d'une nuée ondulante qui correspond au récit des Actes des Apôtres.

Le choeur et la nef sont ornés de nombreux personnages, encadrés d'ocre rouge sur un fond de fleurs :
(2) - Saint Martin à cheval, partageant son manteau saint Martin évêque,
(3) - Indéterminé,
(4) - Saint Sébastien transpercé de flèches,
(5) - Indéterminé,
(6) - Trace de blasons,
(7-8-9) - Indéterminé,
(10) - Représentation divine accompagnée d'un ange et d'un personnage agenouillé.
Les photos des autres peintures

L'iconographie
Les peintures occupent trois registre superposés, simplement séparés par des bordures rouges et jaunes à pastilles blanches. La comparution d'Étienne devant le Sanhédrin se trouve juste au-dessus de l'autel, elle est surmontée de la lapidation du protomartyr, avec au registre supérieur, l'image du Christ bénissant, encadré de deux anges thuriféraires, tenant la navette d'une main et lançant l'encensoir de l'autre. Cette vision divine, confirmée par la présence d'une nuée (indiquée par une ondulation bicolore), correspond exactement au récit des Actes des apôtres (6, 7 ; 55-60) qui rapporte le martyre de saint Étienne (pl. XXV). A Longpré, la peinture réunit la vision bienheureuse d'Étienne à la fin de son discours devant le Sanhédrin et sa prière pendant son supplice (pl. XXVI). A la différence de l'iconographie habituelle des scènes de martyre où la vision céleste fortifiant le condamné dans ses derniers instants est suivie de l'arrivée de son âme parmi celles desjustes (Sein d'Abraham), ce dernier épisode de la montée de l'âme du défunt par deux anges fait ici défaut. Cette division en trois registres illustre sans doute le passage du niveau terrestre au niveau céleste. L'emplacement de cet ensemble était certainement en relation avec la dédicace de cet autel secondaire. Le culte à saint Étienne était très important depuis le début du Moyen Age, comme en témoigne la dédicace de certaines cathédrales primitives ou le cycle de la crypte de Saint-Germain d'Auxerre (IXe siècle), l'une des plus anciennes peintures murales rançaises, qui décrit les trois scènes du martyre du saint diacre (comparution devant le Sanhédrin, vision et lapidation).

Le style
L'ensemble frappe d'abord par sa fraîcheur, sa richesse chromatique et la force de son dessin. Le peintre varie ses effets en jouant habilement de fonds unis (vert ou marron-rouge), disposés en damier en regardant les trois niveaux (pl. XXV). Sa palette est variée et douce : vert clair, bleu-gris, bleu outremer (nimbes du Christ, du protomartyr et des anges), carnations, rose, sans compter la gamme des rouges et des jaunes, ainsi que le noir et le blanc. A l'origine, ces couleurs profondes et claires étaient certainement plus soutenues et saturées, l'usure du temps leur a conféré l'aspect « pastel » que nous leur connaissons aujourd'hui. La bonne conservation de cette peinture ne rend que plus surprenante - et incontestable - la simplicité des drapés, pour ne pas dire leur pauvreté. Les plicatures ne présentent pas de sophistications mais offrent au contraire des mouvements très schématiques de plis épais ou des ensembles assez plats, en dépit de la richesse décorative de la dalmatique d'Étienne (pl. XXVI). Les personnages n'ont pas vraiment de volume mais beaucoup d'énergie et de puissance volontaire (sans compter avec leur caractère négatif, reconnaissable aux profils dont ils ont été gratifiés). A la différence des visages aux tons clairs des personnages nimbés, les bourreaux ont un faciès à la physionomie vigoureusement marquée en blanc sur la teinte chair et présentent de larges pommettes rouges, accentuant l'opposition entre les différents acteurs de la composition.

La datation
Le rapprochement avec la peinture d'Oizé (Sarthe, canton de La Flèche) ou avec celle d'Asnières-sur-Vègre (Sarthe, canton de Sablé-sur-Sarthe) révèle un certain nombre de points communs : gamme chromatique, richesse et platitude des drapés, rehauts des visages... Il indique clairement une datation au tour début du XIIIe siècle, correspondant à la phase «baroquisante» et ultime de la peinture romane.

LEXIQUE
Encensoir : cassolette suspendue dans laquelle on brûle l'encens.
Gloire : motif ornemental ovale ou en amande encadrant le Christ en majesté.
Lambris : revêtement de bois cachant la charpente.
Navette : vase en forme de petit navire contenant l'encens qui sera, mis dans l'encensoir.
Sanhédrin : tribunal des anciens juifs à Jérusalem.
Thuriféraire : ange qui est chargé de l'encensoir.


DOCUMENTATION
Protection
  • Les peintures murales ont été classées immeubles par destination le 19 octobre 1948.
Archives
  • Documentation des objets mobiliers, Paris : dossier.
  • Centre de recherches sur les Monuments historiques : Notes Neury, 1950, p. 1.
  • Conservation régionale des Monuments historiques, Orléans : MOULINIER, B., L., Centre, Loir-et-Cher, Saint-Amand-Longpré, église de Longpré, peintures murales, rapport des travaux de restauration, octobre-décembre
1989. Blois, dactyl., phot.
Travaux et études
  • DESCHAMPS, Paul, THIBOUT, Marc, La peinture murale en France au début de l'époque gothique, de Philippe Auguste à la fin du règne de Charles V (1180-1380), Paris, CNRS, 1963, p. 20, 51, 52, fig 12.
  • Di MATTEO, Colette, JUHEL, Vincent, Restauration des peintures murales. L'exemple de la région Centre, Orléans, CRDP Centre et SRI Centre, service éducatif, 1994, p. 23-24, diapo n° 7.
  • LESUEUR, Frédéric, Les églises du Loir-et-Cher, Paris, Picard, 1969, p. 332.
  • DUPRAT, Clémence-Paule, Enquête sur la peinture murale en France à l'époque romane, Paris, Société française d'archéologie, 1945, p. 148 (mention).
  • PILTÉ, Edmond (abbé), Petit répertoire archéologique des édifices religieux du diocèse actuel de Blois et des monuments civils de Loir-et-Cher à partir du Moyen Age, s.l., 1931, p. 229.

Si l'église est fermée, les clefs sont à retirer à la mairie (18, rue Jules Ferry). Visite guidée pour groupes : sur demande auprès de l'Office de tourisme de Vendôme (47-49, rue Poterie - Tél. 02 54 77 05 07). Tarif en fonction du nombre de personnes et de la durée.